Les personnes n’ayant pas de problème d’alcool pourraient penser que la vie dans l’abstinence est facile. Une fois le sevrage passé, il suffit simplement de se passer de boire des boissons alcoolisées.
La réalité est vraiment tout autre.
Bien évidemment, c’est un bonheur d’être libéré des chaines de la bouteille et la vie est complétement différente, mais de là à dire que c’est facile, il y a un fossé...

Lorsqu’on ne buvait pas uniquement pour s’enivrer mais que l’on aimait le goût de l’alcool, comme on peut aimer n’importe quel autre aliment, c’est très compliqué de se priver. Et cela demande une attention permanente même après des années d’abstinence.
Et que l’on ne me parle pas de faire le « deuil » de l’alcool, ça ne veut strictement rien dire. Pour avoir perdu plusieurs de mes proches, je sais exactement ce que le mot deuil veut dire. Je sais que plus jamais sur cette terre je ne reverrais ces personnes. Elles restent dans mon souvenir, dans ma mémoire, dans mes rêves, mais jamais plus je ne pourrais les rencontrer contrairement à l’alcool qui peut se rencontrer dans n’importe quel magasin et que l’on peut si facilement se procurer.
On peut plutôt parler de divorce ou de séparation, surtout que la bouteille est souvent la compagne de l’alcoolique. Imaginez, vous vous séparez de la femme (ou de l’homme) que vous aimez encore et vous le rencontrez presque tous les jours sans pouvoir lui parler. Des amis vous en parlent, des amis la côtoient, quelquefois en votre présence, mais vous devez vous tenir à l’écart malgré ses clins d’œil attirants...
Peut-être que là, le non-dépendant comprendra mieux le sentiment de l’alcoolique qui sait que l’alcool fera toujours partie de sa vie. Ce n’est pas la peine de se voiler la face.

Il fut un temps, on m’aurait dit : « Tu prépares une rechute avec un tel discours ». Oui, ça fait pratiquement 12 ans que je prépare une rechute, j’essaye juste de retarder l’échéance. Mais jamais je ne pourrais dire que je suis neutre face à l’alcool. J’avais plaisir à boire, je respectais l’alcool, je ne buvais pas en me forçant pour faire comme les copains ou pour atteindre rapidement l’ébriété, je ne coupais pas l’alcool avec toutes sortes de jus de fruits pour couvrir le goût de l’alcool, je voulais juste savourer ce goût particulier.

Aujourd’hui, je suis content d’avoir le choix de boire ou de ne pas boire, je sais où peut m’amener ma consommation car je n’ai jamais réussi à maitriser. Je sais que ma vie familiale, sociale, professionnelle serait complétement balayée si je reprenais un verre d’alcool. Mais ce choix est parfois une torture...
La protection est souvent de rigueur : s’éloigner des sources d’alcool, dans la mesure du possible ne pas aller dans les magasins, éviter le blues en ne fréquentant pas des régions réputées pour leurs bouteilles, ce qui est très compliqué en France. Mais bon, pas la peine de penser à un voyage en Ecosse, en Bavière ou même ailleurs car l’alcool est partout.

Bref, pour moi, la vie dans l’abstinence n’est pas toujours facile même si c’est vital. Heureusement, il y a de bonnes périodes de calme plat mais lorsque la tempête gronde y’a intérêt à bien s’accrocher car il serait bien plus aisé de se laisser sombrer...