Aujourd'hui, cela fait 10 ans que j'ai pris la plus grande décision de toute ma vie: celle d'arrêter de boire.
Après 15 ans d'alcoolisme chronique dont 8 ans de déchéance, d'ivrognerie et de vie pour et par l'alcool, le 20 janvier 2002, j'ai sincèrement décidé de me séparer de ce poison qui me suivait partout. 

Les débuts furent très difficiles. Pratiquement 2 ans à apprendre à vivre sans alcool, éviter les pièges de la vie quotidienne et abandonner de trop mauvaises habitudes.
Je dois dire qu'ensuite mon abstinence fut calme, posée malgré quelques envies de temps à autre mais facilement gérables avec les astuces que j'ai pu apprendre lorsque je fréquentais les Alcooliques Anonymes.
Et surtout, ma foi en Jésus-Christ est né et a grandie avec cette abstinence heureuse. Cela m'a permis de trouver un véritable sens à la vie. Le message de l'Évangile m'a réconcilié avec moi-même et surtout avec Dieu. En cela je dois dire que mes épreuves du passé ont été bénéfiques pour ouvrir mon esprit obtus et laisser de côté certaines futilités de la vie. 

Cependant, au fur et à mesure de mon abstinence, je ne peux pas dire que je suis devenu neutre devant l'alcool. J'ai accepté mon état alcoolique, j'ai accepté le fait de ne plus devoir prendre le moindre verre d'alcool mais ce n'est pas pour cela que je m'en réjouis.
Un enfant amateur de bonbons, a qui on a expliqué qu'il ne pourra plus jamais de sa vie croquer dans une seule douce sucrerie peut faire des efforts, comprendre que c'est fini pour lui et arriver à ne plus partager de confiserie. Mais sera-t-il pour autant content de son sort ? Non, bien évidemment.
Je suis comme cet enfant privé de bonbons car j'ai toujours aimé le goût de l'alcool et pas que pour me mettre dans des états seconds.
En fait, je suis comme n'importe quel malade qui peut en avoir marre de sa maladie. 

Parfois, je me rend compte, lors de repas, que les convives ne prennent pas d'alcool à cause de ma présence.
Selon mon état d'esprit, cela engendre diverses réactions :
Cela peut me gêner car les personnes se privent à cause de moi et je sais que si je savais me modérer, je serais content d'apprécier un petit verre d'alcool.
Mais je dois avouer que la plupart du temps, cette réaction m'énerve. Je sais pertinemment que cela part d'une très bonne intention, un sentiment de protection. Pourtant, cela me remet en pleine figure mon état de malade alcoolique qui pourrait être tenté de sauter sur une bouteille qui se trouve devant lui. Le cas échéant, j'estime avoir assez de caractère pour dire clairement aux personnes présentes que la présence d'alcool me dérange.
D'ailleurs, pour être franc, si un jour je devais volontairement reprendre un verre, je pense que cette confrontation se ferait seul, face à la bouteille, comme lorsqu'on revoit une vieille amie intime... 

L'année dernière, j'ai passé 8 mois difficiles à me poser la question si oui ou non je pouvais me permettre de reprendre de l'alcool. Pourquoi ? Je ne sais pas. Aucun élément extérieur dans ma vie ne pouvait justifier mes pensées.
Avec du recul, je pense que justement, c'était un ras-le-bol de cette condition de malade alcoolique. Les regrets me sont revenus en pleine tête et après tout, ça allait faire 10 ans que je n'avais pas pris un verre, pourquoi ne pas faire un essai ?
J'y ai pensé presque quotidiennement, je cherchais un prétexte, un feu vert pour me replonger dans le doux nectar de mon enfance...
Finalement, j'ai beaucoup cogité, comme d'habitude me diront certains, et grâce à la prière et mes discussions avec Dieu, j'ai réussi à passer le cap.

Aujourd'hui, j'ai repris le rythme de mon abstinence tranquille. Les eaux sont calmes, mais je sais pertinemment que les tempêtes existent et que dans ces moments là, il faut faire attention de ne pas sombrer.
J'aimerais vous dire rendez-vous dans 10 ans, même si, bien évidemment, vous pouvez continuer à me poser des questions, mais ce n'est pas le genre de certitudes que je m'avancerais à donner.

"Ne vous inquiétez pas pour le lendemain ; le lendemain se souciera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine." Evangile de Matthieu, chapitre 7, verset 34.