09 juillet 2008
Je m'appelle Alcool
Je suis plus fort que toutes les armes du monde ensemble.
Je tue davantage que toutes les balles de fusils, je détruis davantage de familles que les bombes les plus lourdes.
Partout je voyage, partout je détruis : dans les maisons, en rue, dans les usines et les bureaux, même sur les mers les plus lointaines.
J'arrive à détruire plus de gens que toutes les guerres.
Je n'épargne personne et je trouve mes victimes parmi les pauvres et les riches, les jeunes et les vieux, les faibles et les forts, les illettrés et les savants. Les veuves et les orphelins me connaissent.
Je travaille sans jamais prendre de repos.
Je me cache partout et c'est sans bruit que je fais mon travail de sape.
Partout j'apporte la maladie, la destruction, l'humiliation, le désespoir et la mort.
Cependant, personne n'essaie de me vaincre.
Jamais je ne donne quelque chose, toujours j'essaie de tout enlever.
J'écrase et je détruis tout sur mon chemin.
Je suis le plus rusé pour arriver à voler des millions dans toutes les bourses.
Je m'appelle " ALCOOL ".
" Ceinturon " - janvier 1982
J'aime bien ce texte, il est si vrai. Mais le plus rigolo, c'est que beaucoup de gens disent que c'est vrai, car ils ne peuvent faire autrement, mais c'est pas pour cela qu'ils se remettent en question.
Ça me fait penser à l'environnement, plus personne nie l'évidence, on part à la catastrophe écologique avec le réchauffement climatique mais peu de gens sont prêts à faire un petit effort personnel...
04 juillet 2008
Peut-on guérir de l'alcoolisme?
J'entends souvent des divergences au sujet du terme de guérison de l'alcoolisme. Certains disent que l'on ne peut pas guérir, d'autres se disent alcoolique guéri ou en voie de guérison, etc.
Je pense que c'est juste une histoire de terme.
Je serais toujours un alcoolique dans le sens où, si reprends une goutte d'alcool, je repars dans l'enfer que j'ai connu, ce qui me conduira certainement à la morgue plus tôt que prévu.
Par contre, aujourd'hui, je suis libre de choisir de boire ou de ne pas boire. Il fut un temps où je ne pouvais pas concevoir de ne pas boire. Donc, je peux m'estimer guéri de la dépendance alcoolique à partir du moment que je ne consomme pas.
En début d'abstinence, je ne voulais surtout pas me considérer guéri, et la raison est simple. Dans mon esprit tordu, je me serais dit: "Puisque je suis guéri, je peux repicoler comme tout le monde" et c'est pas vrai. Mais il fallait que j'apprenne à me connaître et surtout que je sache réellement ce que c'est que l'alcoolisme.
Par contre, dire que l'on ne peut pas guérir peut être dangereux car une personne ayant un problème d'alcool risque de se décourager. Si je ne peux pas guérir, à quoi ça sert que j'essaye d'arrêter??
Donc, attention au vocabulaire.
Aujourd'hui, je peux dire que je suis guéri de l'emprise de l'alcool du moment que je n'y retouche plus. Par contre, je resterais toujours un alcoolique car je ne pourrais jamais contrôler ma relation avec les boissons alcoolisées.
Je suis guéri dans le sens que je peux mener une vie normale, comme tout le monde. Mon univers ne tourne plus autour d'une bouteille.
Que vous vous considériez comme guéris ou pas, peu importe du moment que vous n'y touchez plus!
25 juin 2008
Les envies d'alcool.
On me demande souvent si j'ai encore des envies de boissons alcoolisées.
J'aurais tendance à répondre: "Bien évidement oui!"
J'ai passé une grande partie de ma vie à boire, j'aimais le goût de l'alcool et toutes les sortes d'alcool. Le problème c'est que je n'arrivais pas à m'arrêter et qu'il m'en fallait tous les jours.
Alors, il est évident que je ne peux pas du jour au lendemain occulter l'alcool.
En début d'abstinence, on m'a dit qu'il y avait danger de rechute lorsque l'on avait des envies de boire. Cela m'a un peu perturbé car depuis que j'ai arrêté l'alcool, j'ai toujours eu des envies de boire et encore aujourd'hui.
Mais maintenant, je ne culpabilise plus.
Une personne allergique à l'arachide doit-elle s'inquiéter d'avoir des envies de cacahuètes?
Le diabétique doit-il paniquer si il a envie d'un énorme gâteau à la crème?
Non, je ne pense pas. Je sais que je ne peux plus boire d'alcool car je connais le risque que j'encoure, point.
Bien sur que j'aimerais boire juste UNE SEULE bière bien fraîche de temps à autre. Ou prendre juste UN VERRE de vin le dimanche avec du fromage. Mais c'est impossible. Je suis conditionné pour avaler de l'alcool en grande quantité et régulièrement: un verre c'est trop, 10 c'est pas assez!!
Alors, en ce qui concerne les envies, je pense qu'il ne faut pas paniquer mais apprendre à les gérer. Savoir si ce sont ce que j'appelle des "envies furtives" ou si ces envies sont déclenchées par un événement particulier. Si c'est le cas, il faut éviter cet événement ou cette situation car il ne fait pas bon de trop flirter avec la bouteille.
Et il faut aussi dissocier les envies de l'obsession, mais ça j'y reviendrais plus tard...
13 juin 2008
Nous, les alcooliques...
Dans notre société, l'alcoolisme reste une maladie honteuse, quand elle n'est pas considéré comme un vice ou une tare. Cela fait aussi partie de la difficulté à reconnaître que l'on a un problème avec l'alcool.
Ceux qui sont dépendants au tabac sont souvent félicités et encouragés lorsqu'ils veulent arrêter. Il existe des patchs, des traitements, des méthodes d'acupuncture, etc. aux yeux de tous.
Par contre, dire que l'on veut essayer de limiter sa consommation de boissons alcoolisées engendre des réactions plus négatives. Soit un sourire moqueur d'incrédulité, soit des yeux qui se baissent, gênés d'une telle déclaration.
J'ai vécu les deux situations et, en tant qu'alcoolique, il faut avouer que ce type de réaction n'est pas très encourageant. Là encore, seul un alcoolique qui se déclare comme tel peut comprendre la démarche d'un autre alcoolo-dépendant.
Selon mon expérience et mes observations, lorsque l'on a enfin admis que l'alcool avait une grande emprise sur sa propre vie, un énorme pas est fait.
Ensuite, si on a l'envie sincère d'arrêter de boire, on peut trouver des solutions à son problème. Car même si ce n'est pas facile, il existe très peu de cas désespérés. Ces cas là se trouvent malheureusement souvent en asile psychiatrique ou au cimetière...
Bref, le regard des autres peut mettre mal à l'aise mais qu'est-ce qui importe le plus? Ce que pense le voisin, le collègue, le copain ou son propre bien-être ?
07 juin 2008
La frontière de l'alcoolisme.
Certaines personnes se posent des questions sur leur position face à l'alcool. On peut également se demander comment on passe la barrière alcool-plaisir vers l'alcool-dépendance ?
Je ne pense pas que ce soit une barrière franche mais plutôt une succession d'étapes. Ces étapes étant gérées par les différents événements de la vie. Par contre, une chose est sure, l'engrenage peut atteindre tout le monde sans crier gare. Mais ce sera plus ou moins rapide selon la prédisposition des personnes.
Pour en savoir où on en est avec l'alcool, il existe un test assez connu qui consiste à essayer de ne pas boire pendant une semaine:
Si la personne n'éprouve aucune différence avec la normale, alors pas de problème apparent.
Si la personne "résiste" mais a des envies, alors prudence
Si la personne ne résiste pas, il est conseillé de consulter un spécialiste.
Je mettrais un bémol à cette méthode.
D'une part, il existe l'alcoolisme cyclique où le malade alcoolique est capable de ne pas boire pendant un mois pour ensuite ne pas désaouler pendant 15 jours et d'autre part, en parallèle, on peut avoir une dépendance aux habitudes. Quelquefois, les gens prennent un apéritif ou un verre de vin, non pas par manque d'alcool mais par habitude et cette habitude peut être difficile à enlever. Ce n'est pas l'appel de l'alcool mais un rituel difficilement contrôlable.
Une méthode qui paraît plus fiable pour savoir si on a un problème avec l'alcool reste pour moi un test tiré d'une brochure des Alcooliques Anonymes: "A.A est-il pour vous?":
1) Avez-vous parfois essayé de cesser de boire durant une semaine (ou plus) pour constater que vous n'y parveniez pas ?
2) Acceptez-vous difficilement les conseils d'autres personnes qui essaient de vous faire cesser de boire ?
3) Avez-vous déjà changé de sorte de boisson dans l'espoir d'éviter de vous enivrer ?
4) Depuis un an, vous est-il arrivé de boire tôt dans la matinée ?
5) Enviez-vous les gens qui peuvent boire sans s'attirer d'embêtements ?
6) Avez-vous eu des problèmes reliés à l'alcool au cours de la dernière année ?
7) Votre façon de boire a-t-elle causé des problèmes à la maison ?
8) Vous arrive-t-il, lors d'une soirée, d'essayer d'obtenir des consommations supplémentaires parce qu'on ne vous en donne pas suffisamment ?
9) Vous dites-vous que vous pouvez cesser de boire n'importe quand, même si vous continuez à vous enivrer malgré vous ?
10) Avez-vous manqué des journées de travail ou d'école à cause de l'alcool ?
11) Avez-vous des trous de mémoire ?
12) Avez-vous déjà eu l'impression que la vie serait plus belle si vous ne buviez pas ?
Avez-vous répondu OUI quatre fois ou plus?
Si c'est le cas il y a des chances que vous ayez de sérieuses difficultés avec l'alcool ou que vous soyez en passe d'en avoir dans un avenir plus ou moins proche.
Vous êtes le seul a pouvoir dire de manière certaine si A A est pour vous
Je pense que ces questions sont plus appropriées pour savoir si on est déjà dépendant.
Il y a quelques temps de cela, j'aurais eu 12 sur 12...
Triste constatation, mais la bouteille était devenue ma femme, ma maîtresse, ma confidente , ma consolatrice, et ma vie. Rien d'autre ne m'intéressait, jamais je n'aurais cru être capable de vivre sans elle, et pourtant...
21 mai 2008
Questionnaire
Je suis entrain d'écrire un livre sur l'alcoolisme avec mon témoignage en toile de fond. Mais je me suis dis que peut-être les gens voudraient des éclaircissements sur certaines questions que je ne me pose pas. Afin d'approfondir ma réflexion et essayer de répondre à un maximum de questions, j'ai fait un questionnaire que je diffuse par différents moyens.
Donc, je dépose ici ce questionnaire. J'invite tout ceux qui parcourent ce blog à prendre quelques instants pour y répondre, c'est important pour moi. Vous pouvez mettre vos réponses face aux numéros de questions en commentaire et me préciser si vous ne souhaitez pas que je le publie ou m'envoyer les réponses en privé.
1/ Pour vous, qu'est-ce que l'alcoolisme ?
Un vice
Une tare
Une maladie
Un manque de volonté
Autre (précisez)
2/ Selon vous,l'alcoolisme est-il tabou en France ?
Oui
Non
3/ Quelle est votre réaction face à un alcoolo-dépendant ?
Du dégoût
De l'indifférence
De la pitié
De la tristesse
Autre (précisez)
4/ Que vous inspire une personne qui ne boit jamais une goutte d'alcool ?
Cette personne doit avoir un problème
Cette personne ne doit pas rire tous les jours
C'est dommage
Peu importe
Autre (précisez)
5/ Pour vous, est-il concevable d'organiser une fête ou un grand événement (Noël, jour de l'an, mariage...) sans une seule boisson alcoolisée ?
Oui
Non (pourquoi)
6/ Selon vous, un alcoolique peut-il à nouveau boire de l'alcool après 10 ans d'abstinence ?
Oui
Non
7/ Quel est, selon vous, le meilleur remède contre la dépendance psychologique à l'alcool ?
Le médical (traitement aux médicaments)
La thérapie de groupe (mouvement d'anciens buveurs)
La spiritualité
Autre (précisez)
8/ Qu'aimeriez-vous connaître pour aider un alcoolique en détresse ?
9/ Un de vos proches vous avoue qu'il ne peut se passer de boire de l'alcool, quelle serait votre première réaction ?
10/ Quelles questions souhaiteriez-vous poser à un alcoolique abstinent depuis plusieurs années (sans aucun tabou) ?
11/ Connaissez-vous quelqu'un qui semble avoir un problème d'alcool ? (souvent ivre, boit tous les jours, etc...)
Oui
Non
12/ Informations personnelles:
Sexe: M ou F
Age (ou tranche d'âge à plus ou moins 5 ans):
20 mai 2008
Présentation
Bonjour,
Je me prénomme Pierre, je suis un alcoolique, abstinent depuis quelques années.
Je ne veux pas faire un état des ravages que peut créer l'alcool sur les familles, la sécurité routière ou les maladies ni montrer des images chocs . Les médias et autres journaux à scandales savent le faire bien mieux que moi.
D'ailleurs, il faut arrêter de se voiler la face et faire l'hypocrite, pratiquement tout le monde connaît les dégâts causés par l'alcool, mais c'est si simple de faire l'autruche car "l'autre" est toujours pire et quelquefois il faut se remettre en question.
Non, au contraire, je souhaite dire que c'est possible d'arrêter de boire lorsque l'on est entré dans l'enfer de l'alcool. Peu importe les circonstances, ce n'est pas cela le principal. La seule condition, c'est que l'alcoolique lui-même reconnaisse qu'il a un problème.
Il n'y a pas de solution miracle, je le sais bien, mais comme chaque personne est différente, chaque cas est un cas particulier. Par contre, l'alcool fera les mêmes dégâts sur tous, que l'on soit en bleu de travail ou en costume cravate. Donc, je voudrais avoir le témoignage d'un maximum de personnes qui ont réussi à dominer cette dépendance. Quel que soit le moyen, la méthode, avec ou sans cure, avec ou sans soutien extérieur...
Je voudrais que l'on parle enfin un peu des gens qui s'en sorte et non pas toujours montrer ceux qui y rentre, même si la prévention c'est primordial.
Bref, si vous êtes alcoolique abstinent,votre histoire m'intéresse, en privé ou si vous le souhaitez, sur ce blog. Si vous faites partie d'une association d'anciens buveurs ou que vous êtes un professionnel, contactez-moi. Parlons-en, donnons des solutions à ceux qui sont dans la misère...
Et si vous pensez avoir un problème d'alcool, n'hésitez pas à me poser des questions ou même à vous confier car seul un alcoolique peut comprendre un autre alcoolique...

